Autisphère · Témoignage

Manifeste d'un autiste "de haut niveau"

Je suis autiste. Et je refuse de me taire.

Mettons les choses au clair

Je vais être clair : je suis autiste. Pas « léger ». Pas « qui va bien ». Autiste. Point. Et j'en ai assez qu'on m'enlève ce droit.

Depuis que je témoigne, je me fais régulièrement attaquer par des parents d'enfants autistes dits « profonds », qui m'expliquent que je n'ai pas le vrai autisme. Que je devrais me taire. Que je n'ai « pas assez souffert ». Que seuls eux peuvent dire ce qu'est « un vrai autiste ».

C'est faux. C'est violent. Et c'est destructeur.

Ce que cache la façade

Oui, je parle. Oui, j'écris. Mais non, ce n'est pas de la facilité. Ce n'est pas du confort. C'est 35 ans de camouflage, de scénarios appris par cœur, de monologues déguisés en communication.

Je ne m'exprime pas vraiment : je récite. Je ne socialise pas : je survis.

Pendant des années, j'ai été « le mec super populaire », celui que tout le monde voyait, appréciait, sollicitait… Mais à l'intérieur, j'étais seul au monde. Seul dans la foule, seul parmi les autres, seul dans des rôles que je ne contrôlais même plus.

Derrière l'image du gars « qui va bien », il y avait des années d'errance, de crises, de dépressions… jusqu'à frôler la mort. Rien n'a jamais été « léger ».

La légitimité n'est pas à gagner

Alors oui : je suis autiste, et oui je suis légitime. Autant que n'importe qui. Autant que n'importe quel autiste, verbal ou non-verbal, « haut niveau » ou « profond », adulte ou enfant.

Parce que l'autisme n'est pas une compétition. Ce n'est pas un concours de souffrance. Ce n'est pas un podium où seuls ceux qui vont le plus mal auraient le droit de parler, d'exister, de souffrir.

  • Stop à la guerre interne
  • Stop au combat de handicap
  • Stop à la hiérarchie de la douleur

Nous sommes un spectre. Nous sommes multiples. Nous sommes légitimes. Tous.

Je suis autiste.

Je suis vivant.

Je suis légitime.

Je suis fier.

Et je refuse de me taire.