Autisphère · Droits & Protection

N'exposez pas vos enfants autistes

Même pour la bonne cause.

Une ligne à ne pas franchir

Je vois trop souvent passer des photos et surtout des vidéos d'enfants autistes en crise. Parfois en larmes. Parfois en plein débordement. Et je sais que, derrière, il y a souvent une intention : sensibiliser, montrer la réalité, faire comprendre.

Mais là, on franchit une ligne.

  • Un enfant n'est pas un support de sensibilisation
  • Un enfant n'est pas un « avant/après »
  • Un enfant n'est pas une preuve
  • Et encore moins quand il est au plus vulnérable

Imaginez une seconde… Aimeriez-vous qu'on vous filme quand vous n'allez pas bien ? Quand vous perdez pied ? Et qu'on diffuse ça à des milliers… parfois des millions de personnes ?

Ce qu'on appelle « témoignage » devient, pour l'enfant : humiliation, exposition, violence.

Le cadre légal

Un enfant a un droit à la vie privée et un droit à l'image. Les parents sont censés protéger ce droit, pas l'utiliser comme un outil de communication.

Loi du 19 février 2024 — Cette loi pose encore plus clairement l'obligation de protéger l'image de l'enfant et de l'associer à ces décisions selon son âge et sa maturité.

L'impact sur l'enfant

Ces images, elles restent. Elles peuvent :

  • Ressortir à l'adolescence, à l'âge adulte
  • Être partagées, moquées, détournées
  • Devenir une étiquette définitive
  • Priver l'enfant de sa dignité au moment où il a le plus besoin de protection

Et au passage, ça nourrit une vision terrible : l'autisme comme spectacle, comme « monstruosité ». Alors que la crise, ce n'est pas un show : c'est une détresse.

Sensibiliser sans exposer, c'est possible

Si vous voulez vraiment faire avancer les choses, faites-le sans montrer votre enfant :

  • Floutez le visage, aucun élément identifiable
  • Racontez votre vécu de parent (vos émotions, vos difficultés) sans filmer sa douleur
  • Utilisez des illustrations, des textes, des schémas
  • Filmez une scène « rejouée » sans crise réelle
  • Parlez des solutions, des aménagements, de ce qui aide
Ce n'est pas l'enfant qu'il faut « montrer ». C'est la société qu'il faut éduquer. Protéger un enfant, c'est aussi le protéger… de nous, parfois. Même quand on pense bien faire.