Autisphère · Autisme adulte

Autisme & Addictions

Un sujet réel, souvent invisible

01 — Introduction

Pourquoi en parler ?

Pendant longtemps, on a cru que les personnes autistes étaient « protégées » des addictions. La réalité est plus nuancée : des adultes autistes peuvent être concernés par des troubles addictifs, et ces situations restent souvent sous-repérées ou mal comprises.

Parler de ce sujet n'est pas alarmiste. C'est nécessaire, parce qu'une meilleure compréhension permet une meilleure prévention, et surtout un accompagnement plus juste.

02 — Définitions

Addictions : de quoi parle-t-on ?

Quand on parle d'addiction, on pense souvent aux substances (alcool, cannabis, médicaments…). Mais il existe aussi des addictions comportementales :

  • Jeux d'argent et de hasard (paris sportifs, casino en ligne, grattage…)
  • Jeux vidéo / gaming (quand l'usage devient envahissant)
  • Achats compulsifs
  • Usage problématique des écrans / réseaux sociaux
  • Surinvestissement dans le travail (souvent valorisé socialement, mais parfois destructeur)
Important — passion vs addiction

Avoir une passion intense ou une routine n'est pas une addiction. On parle d'addiction lorsque le comportement devient difficile à contrôler, envahissant, et qu'il entraîne des conséquences négatives, tout en continuant malgré tout.

03 — Le lien avec l'autisme

Pourquoi ce sujet concerne aussi les adultes autistes

L'addiction n'est pas une « faiblesse ». C'est souvent une tentative de gérer un état interne difficile : stress, surcharge, anxiété, épuisement, solitude, insomnie…

Chez certains adultes autistes, l'usage d'une substance ou d'un comportement peut devenir une forme de « solution » immédiate pour :

  • Réduire l'anxiété sociale et tenir dans les interactions
  • Faire baisser la surcharge sensorielle (bruit, foule, lumière, imprévus)
  • Calmer une tension émotionnelle intense
  • « Déconnecter » après une journée de compensation
  • Trouver un apaisement rapide quand le cerveau ne s'arrête pas
Le problème n'est pas la recherche d'apaisement : le problème commence lorsque l'outil d'apaisement prend le contrôle.

04 — Autisme + TDAH

Vigilance renforcée

Lorsque le TDAH est présent en plus de l'autisme, certains facteurs peuvent augmenter le risque de conduites problématiques :

  • Impulsivité
  • Recherche d'un soulagement rapide
  • Difficulté à réguler l'attention et les émotions
  • Cycles « hyperfocus → épuisement → compensation »
Une nuance importante

Cela ne veut pas dire que la personne est condamnée à l'addiction. Cela signifie que la prévention et le repérage doivent être plus attentifs et mieux adaptés.

05 — Risques

L'errance et le sous-accompagnement

De nombreux adultes autistes sont diagnostiqués tardivement. Avant de comprendre leur fonctionnement, certains passent des années à se suradapter, masquer, s'épuiser, subir des incompréhensions répétées.

Dans ce contexte, il arrive que des stratégies de « survie » s'installent : alcool, isolement, jeux, écrans, compulsions… Non pas par plaisir ou par choix « léger », mais parce que c'est parfois la seule solution trouvée sur le moment.

Des dispositifs pas toujours adaptés

Les dispositifs classiques d'aide (notamment en addictologie) ne sont pas toujours adaptés aux réalités autistiques : communication implicite, groupes très sociaux, environnements bruyants, manque de structuration… D'où l'importance de développer des accompagnements plus accessibles et plus explicites.

06 — Pistes concrètes

Ce qui aide vraiment

Il n'y a pas de solution unique, mais certains leviers sont souvent utiles :

  • Identifier les déclencheurs — surcharge, anxiété, solitude, fatigue, imprévus, pression sociale
  • Remplacer « tenir » par « aménager » — moins d'exposition, plus de récupération, cadre plus prévisible
  • Avoir un accompagnement clair et respectueux — communication explicite, sans jugement, sans infantilisation
  • Réduire la honte — une difficulté addictive n'est pas une faute : c'est un signal qu'un besoin n'est pas couvert autrement
  • Construire des alternatives d'apaisement — routines saines, activités ressources, repos réel, soutien social choisi
Être en difficulté avec une substance ou un comportement n'enlève rien à la dignité d'une personne.
Demander de l'aide n'est pas un échec : c'est un acte de lucidité.

Sources

Bibliographie

  • Ressel et al. (2020) — Systematic review of risk and protective factors associated with substance use in autism spectrum disorder (SAGE / PubMed)
  • Haasbroek et al. (2022) — A systematic literature review on the relationship between ASD and substance use (Springer)
  • Butwicka et al. (2017) — Increased Risk for Substance Use-Related Problems in Autism Spectrum Disorder (Journal of Autism and Developmental Disorders)
  • Weir et al. (2021) — Understanding the substance use of autistic adolescents and adults (The Lancet Psychiatry)
  • De Alwis et al. (2014) — ADHD Symptoms, Autistic Traits, and Substance Use and Misuse (PMC)
  • Chamberlain et al. (2023) — Autism and gambling: A systematic review (PubMed / Neuroscience & Biobehavioral Reviews)
  • Eltahir et al. (2025) — Autism in relation to gaming disorder and internet addiction (Computers in Human Behavior, ScienceDirect)
  • American Psychiatric Association — DSM-5-TR